GARD ECO - 06/07/2009

Formation professionnelle : Solonet alphabétise ses salariés

 

Depuis la mi-mars, à raison d'une matinée par semaine, une douzaine de salariées de la société Solonet Méditerranée troquent leurs balais et leurs plumeaux contre cahiers et stylos, pour suivre un cycle d'alphabétisation proposé par leur employeur. Une initiative aussi originale que cruciale dans un secteur qui peine à recruter, malgré de profondes mutations vers toujours plus de professionnalisation.

L'alphabétisation, une priorité pour le secteur

Lorsque l'on évoque la formation professionnelle, les domaines qui viennent spontanément à l'esprit sont généralement la bureautique, ou bien des formations techniques. Mais rarement l'alphabétisation. Pourtant, dans le secteur de la propreté, ce type de formation fait aujourd'hui partie des priorités de branche, preuve que le besoin est fort. C'est en tous cas le constat auquel est arrivé Emmanuel Bertrand, directeur d'établissement de la société Solonet, qui a notamment en charge le nettoyage de toutes les écoles primaires de la ville de Nîmes : "J'ai pris conscience de ce problème au cours d'un entretien préalable au licenciement auquel j'avais convoqué l'une de nos salariées, qui s'était un peu emportée face à une directrice d'école. Mais en creusant la question, je me suis aperçu que tout cela provenait de malentendus, car notre collaboratrice ne comprenait pas ce que lui demandait la directrice".

250 heures pour apprendre à lire

Dans le courant du mois de novembre, le projet d'une formation d'alphabétisation voit le jour : un parcours de 250 heures, à raison d'une demi-journée par semaine, en dehors des horaires habituels de travail qui se répartissent généralement avant 8h ou après 17h. Des heures en plus, payées en plus. Et c'est sans doute l'une des clés de la réussite de ce projet, qui a tout de suite rencontré un vif succès auprès des 160 salariées affectées aux écoles Nîmoises. A tel point qu'il a fallu sélectionner les candidats, pour parvenir à un premier groupe d'une douzaine de personnes. Deux autres groupes pourraient suivre le même parcours dans les mois à venir.

L'objectif de la formation est simple : être capable de lire une consigne sur un cahier de liaison, ou de déchiffrer une étiquette sur un produit de nettoyage. Mais pour les stagiaires, dont certaines ne sont jamais allées à l'école, l'espoir va bien au delà, comme l'explique une dame d'une cinquantaine d'années : "ce que je veux, c'est pouvoir lire, écrire, noter un numéro de téléphone ou une adresse. Déjà, je sais écrire mon nom, je suis contente. Mais ce que je voudrais, c'est faire des dictées…". Pour le formateur de l'Irfa Sud, en charge de ce dossier, la tâche n'est pas simple pour concilier le objectifs professionnels et les ambitions personnelles de maîtriser cet outil d'intégration qu'est la lecture. Le tout, en oubliant les méthodes classiques, trop infantilisantes pour ce public d'adulte.

Un espoir d'ascenseur social ?

Alors que la plupart de ses collègues de stage portent le voile, Jamila, 35 ans, en jeans et basket, semble parfaitement intégrée, maniant le français avec l'aisance de ses 17 années passées ici depuis son arrivée du maroc. Son seul problème est de n'être jamais allée à l'école, et de ne savoir ni lire, ni écrire. Au delà du frein professionnel, elle redoute l'image que cette lacune pourrait donner d'elle : "je ne veux pas laisser de mot écrit, j'ai peur que l'on se moque de moi". Pourtant, les ambitions sont3 là, et la jeune femme se projette déjà dans l'après-formation.

Elle apostrophe Dominique Gadonneix, Directeur Général du groupe Aber - dont fait désormais partie Solonet - en visite à Nîmes ce jour là : "Est-ce que l'on pourra avoir des cours de perfectionnement après ?". Pour ce breton, qui a bâti en vingt ans un groupe qui compte aujourd'hui plus de 3000 salariés, la question de l'alphabétisation n'est pas taboue. Il explique aux stagiaires : "Vous savez, mon grand-père, qui a été élevé avec la langue bretonne, a toujours eu du mal à parler français, et ça ne m'a pas empêché d'arriver là ou je suis". D'autant qu'il fait de la promotion interne l'un des moteurs pour son entreprise, dont l'un des enjeux majeurs est de recruter les employés et les cadres pour répondre à la croissance. Un nouvel espoir pour Jamila.