Ouest France - 24/03/2010

Ces salariées apprennent à lire et à écrire

 

Ghislaine, au centre de formation CLPS, à Rennes, travaille à partir des étiquettes, des fiches ou contrats auxquels sont quotidiennement confrontées ces femmes de ménage.

Ces femmes de ménage ne savaient ni lire, ni écrire. Après leur travail du matin, elles apprennent à être autonomes.
 

Yattou est salariée dans une entreprise de nettoyage, Aber propreté. Et forcément, le matin, lorsqu'elle se rend dans les bureaux, elle doit souvent lire les consignes laissées par les clients. Mais que faire quand on ne sait ni lire, ni écrire ?

Lorsque c'est possible, elle demande à une collègue de l'aider à déchiffrer le message. Lorsqu'elle est seule, « je fais parfois comme si je n'avais rien vu », avoue-t-elle.

Fatima, elle aussi salariée dans la même entreprise, use parfois d'un autre stratagème. « Si le client me laisse un mot en me posant une question, je l'emporte chez moi. Mes filles m'aident et le lendemain, je redépose le mot avec une réponse. »

Bref, il faut souvent faire preuve d'imagination. Et ce, d'autant plus que les occasions d'être confrontées à la lecture sont de plus en plus nombreuses : les cahiers de liaison avec les clients, les fiches techniques des produits, les contrats de travail...

« Peur de se faire virer... »

Seulement voilà, comment avouer qu'on ne sait ni lire, ni écrire ? « Certains n'osent pas le dévoiler à leur employeur de peur de se faire virer », reconnaît Liliane Savary, responsable du fonds de formation (Faf) financé par les entreprises de nettoyage. Pragmatique, Fatima ne se fait pourtant pas d'illusions : « Si le client vous laisse un mot et que celui-ci reste cinq jours sur la porte, il comprend vite... »

Aussi, pour aider ces salariées - d'origine étrangère pour certaines, ayant quitté l'école très tôt pour d'autres , le Faf a lancé la formation « écrits professionnels ». Celle-ci existe depuis dix ans et a déjà permis à 2 300 personnes, à travers la France, d'apprendre à lire et à écrire.

« On est fières ! »

Actuellement, à Rennes, Yattou, Fatima et cinq autres personnes suivent cette formation de 250 heures. « Pour elles, ce n'est pas évident, car elles viennent ici après leur travail. C'est-à-dire, après s'être levées à 4 h du matin », relate Ghislaine Le Berrigaud, l'une des formatrices.

Et pourtant, les sourires se lisent sur les visages. Il est vrai que dans les locaux du centre de formation (CLPS), à Rennes, ce n'est pas l'école. « On travaille, par exemple, sur les étiquettes des produits. Et à partir de là, on fait des exercices », explique Ghislaine. « Je suis vraiment ravie d'être ici. Au quartier, on a bien appris l'alphabet. Seulement, on ne sait pas associer les lettres », confirme Yattou.

Pour le Faf, le coût de ces « écrits professionnels » est de 3 750 € par salarié. Mais l'investissement est loin d'être vain. « On a tout intérêt à conserver nos salariées. D'ici à 10 ans, en France, 150 000 personnes de notre secteur doivent partir en retraite », rappelle-t-on du côté des employeurs.

Pour les salariées, c'est bien plus que l'apprentissage de la lecture et de l'écriture qui se joue là. C'est aussi une question d'autonomie, d'assurance. « On est fières », insiste Yattou qui est désormais chef d'équipe.

Pierrick BAUDAIS.